L'annonce
Adila a dix ans. Elle vit en Afrique, avec toute sa famille, dans une toute petite maison à deux pièces. Une petite maison très inconfortable. Le sol est en terre et très inégal, les murs en bois, et quant au plafond il peut à peine tenir. Si un jour une forte pluie se déchaîne, la famille est fichue.
Ses parents sont pauvres, il y a à peine de quoi manger pour toute la famille. Pongwa, le père, fait de son mieux mais ses employeurs ne le payent pas assez. Si seulement ils pouvaient changer de vie !
Et cet après-midi-là, leur v½u est exaucé.
Pongwa rentre du travail dans l'après-midi, frappe à la porte et lance un joyeux « bonjour ! »
- Pongwa ! s'écrie Haroun, la mère. Qu'est-ce qu'il est arrivé ? Pourquoi rentre-tu si tôt aujourd'hui ?
- J'ai une formidable nouvelle. Où sont les enfants ?
- Awiya est là, mais pas les autres. Tu sais bien qu'ils sont à l'école et ne rentreront pas avant ce soir.
- Pas question d'attendre ! s'indigna Pongwa.
- Je n'y peux rien.
- Qu'y a-t-il ? demanda Tambura, la grand-mère.
Pongwa est en état de surexcitation. Jamais il n'a été comme cela auparavant. C'était la chose qu'ils attendaient depuis longtemps, tellement longtemps ! Impossible d'attendre !
- Nous allons partir en France ! s'écrie Pongwa.
- Ce n'est pas vrai ! dit Tambura, sous le choc.
- Si !
- C'est merveilleux ! s'écrie Haroun en se jetant dans les bras de son mari. Mais comment t'es-tu arrangé ?
- Un ami se charge de tout.
- C'est merveilleux ! répéta-t-elle.
Awiya entre dans la pièce sous le regard fébrile de ses parents.
- J'ai entendu crier, dit-elle.
- Ne fais pas semblant, Awiya, réplique Pongwa, ta grand-mère est sourde mais pas toi. Tu as bien entendu : on va partir !
Dix-sept heures. Dix-sept heures trente. Dix-huit heures. Les heures sont longues en ce moment. Tout le monde attend le retour des deux jeunes enfants. Adila, son petit frère Jamal de neuf ans et sa petite s½ur Kamara de sept ans sont sur le chemin du retour.
Pongwa jette un regard nerveux par la porte d'entrée chaque fois qu'il entend du bruit. Dix fois de suite, ce n'est pas ses enfants. Mais la onzième fois... Dès que la porte est ouverte, Pongwa saute quasiment sur ses enfants, qui sursautent de peur.
- Les enfants, on va aller en Europe !
Jamal en reste bouche bée, Kamara s'assoit par terre comme si elle n'a plus de force dans les jambes et Adila, restant debout, croit que son père lui fait une blague.
- On va aller en Europe ? dit enfin Jamal.
- Oui, mon petit, intervient Haroun.
- Dès demain, par l'avion !
- Mais c'est très cher l'avion, réplique Adila.
- J'ai tout arrangé avec un ami. Alors, contents ?
- Oh, papa ! s'écrie Adila en se jetant dans les bras de Pongwa.
Elle le croyait à présent.
Le soir, les enfants, allongés sur leur matelas, rêvent de leur nouvelle vie. Que sera leur maison ? Est-ce que la nourriture est bonne là-bas ? Iront-ils à l'école comme dans leur village ? Ils le découvriront le lendemain...